Mensonges, pesticides et profit : la loi Duplomb ou loi de la honte.

Une pancarte lors d’une manifestation contre la loi Duplomb, le 8 juillet 2025. Crédit : Jerome Gilles / NurPhoto via AFP


C’était ce mardi 8 juillet. La loi dite « Duplomb » est définitivement adoptée par l’Assemblée
Nationale grâce aux votes du centre, allié non sans surprise à la droite et à l’extrême droite. Cette loi intervient après de nombreux mois de régression en faveur de l’écologie avec entre
autres : d’énormes coupes budgétaires et une grande offensive envers l’agence bio notamment.

Cette loi a été proposée par le sénateur LR, Laurent Duplomb et votée à majorité par les députés (après vote au Sénat), elle est présentée comme une « simplification pour l’agriculture et l’élevage ». Elle se veut donc être la réponse du gouvernement face à la colère montante du monde agricole. Et les agriculteur.rices ont raison de se soulever : baisse de leurs revenus, concurrence déloyale à cause des accords de libre-échange, hausse des charges ou encore conséquences d’événements climatiques.

Mais alors quelles sont les mesures concrètes de cette loi ?

La mesure principale est la réintroduction dans les champs de l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France depuis maintenant 7 ans. Il a été effectivement interdit car son impact sur les pollinisateurs (abeilles sauvages notamment) est dévastateur et que de nombreuses études s’accordent en démontrant qu’il existe des grands risques pour la santé humaine. D’’autre part, elle facilite l’installation d’élevages intensifs et l’accélération des projets de méga bassine.

Cette loi est donc ce que certains scientifiques nomment une « bombe sanitaire ». On pourrait s’arrêter là. Mais ce n’est pas tout. Car en plus des effets néfastes sur la santé et
l’environnement, les discours des députés favorables à la loi ET leurs méthodes employées pour la faire passer sont dramatiques. Dramatiques car ces méthodes cachent un problème structurel de la classe politique française actuelle : la manipulation, le mensonge et la valorisation des intérêts d’une minorité de privilégiés au détriment des plus modestes.

On a pu par exemple entendre Gabriel Attal (Ensemble) affirmer haut et fort que « jamais ne
voterait-il pour une loi qui pourrait mettre en danger la santé des français » ou encore F.X. Bellamy (LR) arguait que les menteurs et le danger sont chez les écolos. Ajoutez à ces éléments de langage, les arguments très faibles assurant qu’il faut supporter la rentabilité du monde agricole. Quelle vaste blague. La rentabilité baisse car précisément les sols sont usés et, quand bien même la réintroduction de pesticide améliorerait les rendements, pour combien de temps ? Et au détriment de qui ? Les agriculteur.rices seront les premières victimes et la droite et l’extrême droite le savent.

De plus, il est intéressant de savoir qui porte cette loi et qui satisfait-elle. En effet, L. Duplomb a bien porté cette PPL, mais l’a co-initié avec l’aide de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), syndicat majoritaire prétendant représenter tous les agriculteur.rices mais alimente en réalité des fractures. Thomas Uthayakumar, membre de la fondation pour la Nature et pour l’Homme, soutient que cette loi est quasiment un enjeu de classe. C’est dire à quel point elle risque d’élargir la fracture au sein du monde agricole en favorisant les exploitants les plus riches.

« C’est le texte « des 3 % ». Seuls 3 % des élevages sont classés ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). Moins de 3 % des fermes pratiquent l’irrigation, sur 7 % de la surface agricole utile, pour plus de la moitié de l’eau consommée en France. Cela amène à des déséquilibres massifs. Ce sont essentiellement les grandes cultures industrielles (blé, colza, betteraves), qui concentrent l’usage des produits phytosanitaires.  Au-delà des enjeux environnementaux, cette loi favorise les plus puissants […] et oublie les plus modestes, les polyculteurs-éleveurs, les maraîchers, les vignerons indépendants, les fermes en circuit court, etc., qui font la vitalité des territoires. »
– Thomas Uthayakumar au micro du Monde, 21/07/2025.

Ainsi, c’est la loi de la honte. Elle encourage le développement des cancers, la mort de la biodiversité et met un stop aux avancées (toutes relatives) faites en faveur de l’écologie depuis quelques années. Ce qui est sûrement plus inquiétant encore, c’est la manipulation employée par les défenseur.euses de cette loi. Bienvenue dans l’ère de la « post-vérité » où toute vérité est balayée pour servir, souvent, les intérêts d’une classe dominante, au détriment ici du vivant.

Mais ne nous laissons pas faire et comme l’a montré la forte mobilisation de ces derniers jours : il est peut-être encore temps de pouvoir changer les choses. A l’heure où j’écris, plus de 1,8 million de personnes ont signé la pétition contre la loi Duplomb sur le site officiel de l’Assemblée Nationale. Elle est sur le point de battre le record de signature pour une pétition AN. Peut-être qu’elle ne pourra pas annuler la mise en place de la loi mais elle permettra au moins aux médias de ne pas pouvoir l’ignorer. Il faut continuer d’informer et continuer d’en parler autour de nous.

(Lien de la pétition si jamais vous ne l’avez pas encore signée : https://petitions.assemblee-
nationale.fr/initiatives/i-3014
)


Jules Fillon