Une avalanche est un mouvement soudain, rapide et massif de neige ou de roches dévalant une pente. Déclenchée naturellement ou par une perturbation, elle emporte tout sur son passage, modifie le paysage et impose une nouvelle configuration du terrain.

  • Carla Pelletier – « Dans la rue » – 6 décembre 2025

    Devant une enseigne de fleuriste qui fait l’angle d’une avenue parisienne, une centaine de sapins de Noël s’étalent sur toute la largeur du trottoir : du plus petit mesurant une trentaine de centimètres, au plus grand s’élevant à plus de trois mètres, en passant par les couronnes de branches et le houx, il y en a pour tous les goûts. Une odeur résineuse et boisée se dégage quand on s’approche. Marlène, la soixantaine et propriétaire de la boutique, alpague les passants : « Bonjour Madame ! Vous avez déjà choisi votre sapin pour les fêtes ? ». Une affiche renseigne sur les prix des arbres : 29,90€ pour les petits, jusqu’à 250€ pour les plus grands.

    Les impacts environnementaux méconnus de la culture de
    sapins

    Si Marlène affirme, sûre d’elle, que « la filière du sapin est super durable : ils
    sont cultivés dans le respect de la nature et créent beaucoup d’emplois en France », la majorité des fleuristes ne semblent pas au courant des effets environnementaux et sanitaires destructeurs de la production industrielle de sapins de Noël. « Les fournisseurs ne m’informent pas des pesticides qu’ils mettent ; il faudrait que je me renseigne » avoue Nabil, propriétaire d’une boutique de fleurs de quelques mètres carrés, préoccupé par l’arrivée de nouveaux clients dans cette période de rush. Il vend entre quatre-vingts et cent arbres de Noël par saison, loin des deux mille de Marlène.

    Toutes les étiquettes des conifères aperçus chez Marlène et Nabil spécifient
    qu’ils sont « naturels ». Ce qualificatif peut être nuancé quand on sait que 85% des sapins de Noël sont contaminés par des pesticides (notamment le glyphosate, classé cancérigène selon l’OMS), d’après une enquête de 2022 de l’association Agir pour l’environnement.

    Derrière le conifère enguirlandé devenu le symbole de nos fêtes de fin
    d’année indispensable à toutes les familles, se cache une réalité moins magique : loin de pousser naturellement dans la montagne enneigée, le sapin est issu d’une monoculture intensive pratiquée par seulement huit-cents producteurs en France. Selon Stephen Kerckhove, directeur général de l’association Agir pour l’environnement, ces producteurs ont recours aux traitements phytosanitaires (jusqu’à dix traitements par an et par sapin) pour rendre les arbres conformes aux standards esthétiques. « Le sapin de Noël est d’abord choisi pour ses critères de beauté ; il doit être bien vert, structuré et fourni pour plaire au consommateur. Mais la nature ne produit aucune plante, aucun sapin parfait ».

    L’association a d’ailleurs, suite à son enquête de 2022 dévoilant les méthodes de la culture de sapins, reçu des menaces et intimidations de la part de l’AFSNN (Association française des sapins de Noël naturels). Les autorités françaises ne se sont jamais saisies de ces analyses, « elles font la stratégie polochon : elles attendent que la polémique passe », déplore Stephen Kerckhove. « Dans tous les cas, dès qu’on parle de pesticides en France, on reste dans le déni. Rien ne change ».

    Concilier esprit des fêtes et convictions écologiques

    Pour le directeur d’Agir pour l’environnement, l’alternative aux sapins issus de monocultures intensives réside dans les sapins bio, sans ajout de pesticides : « il n’en existe pas suffisamment malheureusement, mais si on cherche bien, on en trouve ». Leur physionomie n’est donc pas standardisée, certains ont quelques défauts, mais « au moins, ça permet d’éviter la production qui n’est pas alignée avec les normes écologiques ».

    La production bio de sapins ne représente qu’un à deux pourcents de la
    production nationale en France, trop peu pour en voir dans tous les lieux de vente en décembre. La transition vers une production plus éco-responsable est freinée car les sapins bios demandent plus d’entretien, et sont moins rentables.

    Bio ou conventionnel : le choix cornélien du meilleur sapin

    Dans une rue commerçante de l’ouest parisien, l’ambiance des fêtes de fin
    d’année se fait sentir : toutes les boutiques et restaurants ont sorti boules, paillettes et guirlandes pour décorer leur devanture.

    Muriel, soixante-quatre ans, s’arrête devant le fleuriste, un chariot rouge
    rempli de courses, pour regarder les sapins. Elle achètera le sien la semaine
    prochaine, « il est encore tôt, il faut qu’il soit frais pour les fêtes ». Selon cette habitante du quartier, le premier critère pour bien choisir son arbre de Noël, c’est son apparence : « entre deux sapins, je ne sais pas pourquoi, je vais avoir un coup de cœur ». Muriel ignore qu’il existe des sapins bio, mais se dit prête à dépenser une somme un peu plus élevée pour en acheter un. Chez elle, « tous les fruits et légumes sont bio, alors pourquoi pas les sapins ? ».

    Pour Angélique, 8 ans, visiblement enchantée par l’arrivée des fêtes, le sapin de Noël doit « être le plus grand pour mettre le plus de boules dessus » ; sa mère Sabine précise discrètement qu’elle regarde aussi les prix avant de choisir. Elle confie que, tous les ans, c’est douloureux de faire l’acquisition d’un sapin, parce que « cet arbre, on le tue en le coupant pour l’utiliser deux semaines ». Sabine ajoute que « bio ou pas, les arbres meurent ».

    Recycler son sapin : premier geste « écolo » de
    l’année ?

    Et après les fêtes, que deviennent nos conifères iconiques ? Fleuristes
    comme consommateurs savent qu’il est préférable de les laisser dans les points de collecte de la mairie, sans savoir ce qu’elle en fait ensuite. « Ils doivent sûrement les recycler » présume Nabil.

    En effet, le site de la Ville de Paris indique que les sapins récoltés sont
    « broyés et utilisés pour protéger les plantations dans les espaces verts ». Le broyat de sapin permettrait de minimiser la pousse d’herbes libres et de favoriser le « développement de micro-organismes souterrains » …en y ajoutant un soupçon de pesticides, présents depuis la culture jusqu’au recyclage des sapins : c’est la magie de Noël.

  • Une pancarte lors d’une manifestation contre la loi Duplomb, le 8 juillet 2025. Crédit : Jerome Gilles / NurPhoto via AFP


    C’était ce mardi 8 juillet. La loi dite « Duplomb » est définitivement adoptée par l’Assemblée
    Nationale grâce aux votes du centre, allié non sans surprise à la droite et à l’extrême droite. Cette loi intervient après de nombreux mois de régression en faveur de l’écologie avec entre
    autres : d’énormes coupes budgétaires et une grande offensive envers l’agence bio notamment.

    Cette loi a été proposée par le sénateur LR, Laurent Duplomb et votée à majorité par les députés (après vote au Sénat), elle est présentée comme une « simplification pour l’agriculture et l’élevage ». Elle se veut donc être la réponse du gouvernement face à la colère montante du monde agricole. Et les agriculteur.rices ont raison de se soulever : baisse de leurs revenus, concurrence déloyale à cause des accords de libre-échange, hausse des charges ou encore conséquences d’événements climatiques.

    Mais alors quelles sont les mesures concrètes de cette loi ?

    La mesure principale est la réintroduction dans les champs de l’acétamipride, un néonicotinoïde interdit en France depuis maintenant 7 ans. Il a été effectivement interdit car son impact sur les pollinisateurs (abeilles sauvages notamment) est dévastateur et que de nombreuses études s’accordent en démontrant qu’il existe des grands risques pour la santé humaine. D’’autre part, elle facilite l’installation d’élevages intensifs et l’accélération des projets de méga bassine.

    Cette loi est donc ce que certains scientifiques nomment une « bombe sanitaire ». On pourrait s’arrêter là. Mais ce n’est pas tout. Car en plus des effets néfastes sur la santé et
    l’environnement, les discours des députés favorables à la loi ET leurs méthodes employées pour la faire passer sont dramatiques. Dramatiques car ces méthodes cachent un problème structurel de la classe politique française actuelle : la manipulation, le mensonge et la valorisation des intérêts d’une minorité de privilégiés au détriment des plus modestes.

    On a pu par exemple entendre Gabriel Attal (Ensemble) affirmer haut et fort que « jamais ne
    voterait-il pour une loi qui pourrait mettre en danger la santé des français » ou encore F.X. Bellamy (LR) arguait que les menteurs et le danger sont chez les écolos. Ajoutez à ces éléments de langage, les arguments très faibles assurant qu’il faut supporter la rentabilité du monde agricole. Quelle vaste blague. La rentabilité baisse car précisément les sols sont usés et, quand bien même la réintroduction de pesticide améliorerait les rendements, pour combien de temps ? Et au détriment de qui ? Les agriculteur.rices seront les premières victimes et la droite et l’extrême droite le savent.

    De plus, il est intéressant de savoir qui porte cette loi et qui satisfait-elle. En effet, L. Duplomb a bien porté cette PPL, mais l’a co-initié avec l’aide de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), syndicat majoritaire prétendant représenter tous les agriculteur.rices mais alimente en réalité des fractures. Thomas Uthayakumar, membre de la fondation pour la Nature et pour l’Homme, soutient que cette loi est quasiment un enjeu de classe. C’est dire à quel point elle risque d’élargir la fracture au sein du monde agricole en favorisant les exploitants les plus riches.

    « C’est le texte « des 3 % ». Seuls 3 % des élevages sont classés ICPE (Installation classée pour la protection de l’environnement). Moins de 3 % des fermes pratiquent l’irrigation, sur 7 % de la surface agricole utile, pour plus de la moitié de l’eau consommée en France. Cela amène à des déséquilibres massifs. Ce sont essentiellement les grandes cultures industrielles (blé, colza, betteraves), qui concentrent l’usage des produits phytosanitaires.  Au-delà des enjeux environnementaux, cette loi favorise les plus puissants […] et oublie les plus modestes, les polyculteurs-éleveurs, les maraîchers, les vignerons indépendants, les fermes en circuit court, etc., qui font la vitalité des territoires. »
    – Thomas Uthayakumar au micro du Monde, 21/07/2025.

    Ainsi, c’est la loi de la honte. Elle encourage le développement des cancers, la mort de la biodiversité et met un stop aux avancées (toutes relatives) faites en faveur de l’écologie depuis quelques années. Ce qui est sûrement plus inquiétant encore, c’est la manipulation employée par les défenseur.euses de cette loi. Bienvenue dans l’ère de la « post-vérité » où toute vérité est balayée pour servir, souvent, les intérêts d’une classe dominante, au détriment ici du vivant.

    Mais ne nous laissons pas faire et comme l’a montré la forte mobilisation de ces derniers jours : il est peut-être encore temps de pouvoir changer les choses. A l’heure où j’écris, plus de 1,8 million de personnes ont signé la pétition contre la loi Duplomb sur le site officiel de l’Assemblée Nationale. Elle est sur le point de battre le record de signature pour une pétition AN. Peut-être qu’elle ne pourra pas annuler la mise en place de la loi mais elle permettra au moins aux médias de ne pas pouvoir l’ignorer. Il faut continuer d’informer et continuer d’en parler autour de nous.

    (Lien de la pétition si jamais vous ne l’avez pas encore signée : https://petitions.assemblee-
    nationale.fr/initiatives/i-3014
    )


    Jules Fillon


  • Une avalanche est un mouvement soudain, rapide et massif de neige ou de roches dévalant une pente. Déclenchée naturellement ou par une perturbation, elle emporte tout sur son passage, modifie le paysage et impose une nouvelle configuration du terrain.


    Depuis plusieurs années, je suis un « activiste ». Comme beaucoup au sein de ma génération, mon engagement a d’abord commencé dans la lutte contre les politiques climaticides détruisant l’environnement (et au passage nos vies). Rapidement, j’ai rejoint différents mouvements. Pendant plusieurs années, j’ai été formé au militantisme et initié à la politique. Je suis devenu un militant écolo. J’ai participé à de (très) nombreuses actions, certaines radicales, d’autres moins. J’ai surtout pu apprendre à travailler avec des militants, des élus, des entreprises… et donc à débattre, à critiquer, à convaincre. J’ai appris à travailler avec des plus jeunes, dans le cadres d’interventions en milieu scolaire, mais aussi avec des moins jeunes, en conférence ou dans les médias. En bref, j’ai beaucoup appris.

    L’intersectionnalité a été dès le départ au cœur de nos combats, et donc au centre de mes valeurs. Alors certes, on parlait essentiellement d’écologie. Mais nous n’avons jamais oublié de rappeler qui allait être touché en premier. Et jamais, au grand jamais, nous n’avons oublier que notre combat était avant tout anticapitaliste. Ecologie, lutte des classes, décolonialisme, féminisme, lutte LGBTQ+, un seul grand combat.

    Au fur et à mesure, les mouvements s’essoufflaient. Je pense que cela s’explique par de nombreux facteurs : l’oppression de plus en plus forte par les gouvernements, notamment le gouvernement français (ex : Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, dépeint en 2023 les militants écolos en écoterroristes). S’ajoute à cela la fatigue militante, le turn-over naturel des mouvements de jeunes, mais aussi la précarisation des jeunes et des classes les plus basses toujours plus forte, empêchant de militer correctement. Je crois aussi que la « radicalisation » des mouvements (« radicalisation » que je considère comme nécessaire à ce moment précis) a laissé sur le côté les militants les plus confus. De même, la perte de figure internationale, comme a pu l’être Greta Thunberg, joue également un rôle. Également, la montée de l’extrême droite a rendue le combat antifasciste, à gauche, « prioritaire ». Enfin, je crois que la multiplication des élections et les alliances à répétition ont aussi contribué à l’essoufflement de ce genre de mouvement.

    En 2023, j’ai quitté ces mouvements. J’ai bien sûr essayé de continuer à les aider à mon échelle, notamment mes anciens camarades, dès lors qu’ils avaient besoin de conseil ou de contact. Effectivement, je commençais à participer à la création d’événements, et je n’avais plus d’autres choix que de travailler avec des élus, et des entreprises. Ne voulant pas utiliser l’image de ces mouvements, au risque de ne pas coller aux lignes politiques (et ainsi de faire transparaitre en public une imagine qui n’était pas celle voulue par les acteurs des dits mouvements), j’ai préféré m’en éloigner. Mais c’est aussi parce que je ne me sentais plus tout à fait libre de faire ce que je voulais entreprendre. Je crois que mon envie de m’engager plus fort sur d’autres sujets commençait à prendre le dessus.

    Tout ça, je ne le vivais pas seul. Quand on milite, on est jamais seul, ou sinon on n’arrive à rien. Je crois qu’à ce moment-là, surtout avec le contexte politique, on était tous un peu perdus. Mais on avait une envie forte, un peu inexplicable, celle de tout bousculer. On voulait apporter du vent nouveau, rafraichissant. On voulait tout casser, et surtout, tout reconstruire. On voulait être une Avalanche.

    « Avalanche », ça a plusieurs sens pour nous. D’abord, il y aurait l’avalanche d’idées, comme un raz-de-marée d’idées neuves qui viendrait remplacer les anciennes et ainsi laissant place à un renouveau. Aussi une avalanche d’humains, un mouvement de plein de gens, où l’on ne distinguerait pas les uns des autres. Comme une masse en mouvement. Enfin, c’est bien sur une métaphore. On part à quelques-uns, avec quelques idées, et à la fin, on est grand, incontrôlable.

    Reste à savoir pour qui, et où on va. En tout cas, on sait d’où on vient, et ça, c’est le plus important. Chez Avalanche, ça fait déjà plus d’un an qu’on travaille dans l’ombre, en organisant des actions et des événements. On est officiellement une association maintenant, c’est super. On s’amuse beaucoup, on espère qu’on pourra vous montrer ça. On est une bonne dizaine au moment où le site sortira. D’ailleurs, sur ce site internet, retrouvez des articles, des notes, des billets d’humeur, des petites analyses critiques sur l’actualité… Retrouvez aussi nos vidéos, qui ne tarderont pas à sortir je l’espère. C’est aussi une superbe interface pour qu’on puisse échanger, si ça vous dit. En tout cas, comme dit l’adage, ne nous regardez pas, rejoignez-nous !

    Anakin